Yazd, l’oasis aux portes du désert

Par lundi 15 mai 2017 , ,

Aux prémices de l’organisation de mon itinéraire sur la ligne Shiraz – Ispahan – Téhéran, je ne pensais même pas faire étape à Yazd. C’est dire si je n’en attendais pas grand-chose, pas autant qu’Ispahan par exemple. Comme quoi, le voyage réserve souvent de belles surprises !…

 

Marco Polo parle de la « noble ville de Yazd » dans ses récits de voyage, jadis haut lieu du commerce de la soie et donc caravansérail réputé. J’ai décidé de faire confiance au plus célèbre businessman vénitien (et aussi à mon conseiller local Mehdi) et de passer deux nuits dans la ville ocre.

 

Il nous faudra 5h de voiture depuis Shiraz, sur une autoroute en bon état, traversant le désert et les montagnes, pour enfin arriver à destination.

 

 

 

A peine arrivée à Yazd, changement d’ambiance radical, envolées la douceur et la fraicheur de Shiraz. Tout d’abord au sens propre. La ville, une des plus arides d’Iran, est située sur une oasis, entre deux déserts et entourée de lacs de sels. La chaleur s’abat sur Yazd comme une chape de plomb entre midi et 16h. A mon arrivée il faisait 43°C à l’ombre…

Ensuite, au sens figuré. La cité très religieuse contraste avec la ville des poètes. Ici la plupart des femmes ne portent pas seulement le niqab (foulard cool qui couvre plus ou moins la tête) mais carrément d’immenses tchadors noirs.

 

 

Les historiens peinent à dater les fondements de la ville de Yazd. On dit que c’est la ville la plus ancienne du monde après Ur en Mésopotamie (Irak). Située dans un environnement aux fortes contraintes climatiques, la cité est un cas d’école pour les urbanistes. En effet, la ville ne doit son développement et sa survie qu’aux architectes et ingénieurs en irrigation qui ont redoublé de génie depuis des millénaires.

 

 

Les constructions sont adaptées à l’environnement hostile. Les maisons en pisé, aux toits plats, arborent des badgirs (tours du vent) pour capturer l’air frais et l’orienter vers un bassin d’eau intérieur, et ainsi refroidir toute la maison. Cette ventilation séculaire et écolo est encore utilisée aujourd’hui dans les pays arabes. Les bâtiments ne dépassent pas deux étages de haut mais plongent par contre de plusieurs étages en sous-sol pour trouver le frais.

 

A l’extérieur de la vieille ville, le Badgir Dolat Abad est un magnifique pavillon octogonal surmonté du plus haut badgir d’Iran (36 mètres). Ce pavillon est une belle démonstration de la science des courants d’air !

 

 

Le défi majeur de la colonisation de ce plateau aride a été l’approvisionnement en eau. Il y a plus de deux millénaires, les iraniens ont inventé les qânats, des galeries drainantes, sortes d’aqueducs souterrains qui distribuent l’eau dans toute la région et résistaient aux invasions en temps de guerre. La visite du musée de l’eau de Yazd est passionnante pour comprendre leur fonctionnement. De nombreux ingénieurs du Moyen Orient, d’Asie et du bassin méditerranéen sont venus se former en Iran pour exporter les techniques d’irrigation.

 

Faire étape à Yazd est aussi l’occasion de découvrir un peu plus la religion zoroastrienne. Cette religion monothéiste était la plus pratiquée en Iran avant la conquête arabe en 640. Aujourd’hui, on estime qu’il reste encore 20 000 zoroastriens en Iran, dont 4 000 vivent à Yazd. Le zoroastrisme est toléré par la république islamique, mais les religieux s’en méfient. Les discriminations font rage. Par exemple, les zoroastriens n’ont pas le droit d’être imprimeur, pour ne pas toucher aux textes sacrés du Coran.

 

Le temple du feu ateshkadeh est un lieu sacré pour les zoroastriens. C’est un bâtiment plutôt décevant, où derrière une vitre on aperçoit une flamme qui brûle en continu depuis 1500 ans. La flamme a été allumée à Shiraz, transportée à Yazd en n’étant jamais interrompue. Elle est entretenue par du bois noble de prunier par un prêtre, maitre des lieux depuis 35 ans !

 

A l’extérieur de la cité, les tours du silence troublent les visiteurs. Les zoroastriens ne voulaient pas polluer la terre avec les corps des défunts. A l’instar de l’eau, l’air et le feu, la terre était sacrée. Ils montaient donc les dépouilles sur une grande plateforme pour que les vautours mangent les chairs. Ensuite, les os étaient entassés dans une fosse commune centrale. Cette pratique a perpétué jusqu’à la fin du XIXème siècle quand elle a été interdite pour des raisons sanitaires.

 

 

 

Retournons dans la vieille ville de Yazd. On laisse tomber le guide et les cartes et on se perd dans les dédales de ruelles ocres à l’ambiance singulière. Enfin, on se perd sans vraiment se perdre, on sait dans quelle direction on va, nord, sud, mais on ne prend jamais le même chemin pour retourner à son hôtel !

 

 

On citera la mosquée Jameh avec les deux minarets les plus hauts d’Iran, le complexe Amir Chathmagh (qui n’est en fait qu’une façade !) et le turquoise mausolée de Roqnedin.

 

 

 

 

Après avoir conquis la Perse, Alexandre le Grand interdit tout exercice en arme. C’est ainsi que les soldats perses se mirent à la gymnastique pour garder la forme, ce rite perdure depuis à Yazd. Dans les zurkhaneh (maisons de force), les hommes se laissent entrainer par des chants rituels et un meneur au tambour. Ils tournent sur eux-mêmes, enchainent les pompes et tournent de lourdes massues en bois.

 

 

A quelques minutes de taxi, j’ai également visité une fabrique de henné où d’énormes meules broient les feuilles de henné. Elles sont maintenant tractées par un moteur, à l’époque c’était un chameau qui faisait le tour de la pièce des heures durant.

 

 

Où aller à Yazd ?

 

Hôtel Orient

Seulement 16 chambres, l’hôtel n’accueille donc pas les groupes et c’est tant mieux ! Il est tenu par la même équipe que le célèbre Silk Road Hôtel, juste en face de la rue.

Idéalement placé, il est à l’entrée de la vieille ville et à deux pas de la mosquée Jameh.

La cour intérieure permet de se reposer au calme en s’amusant des allées et venues du couple de tortues des propriétaires. Le rooftop offre un panorama magnifique sur la cité, spécialement à la tombée de la nuit.

 

 

Restaurant Termeh e Toranj

A côté de la prison, pas facile à trouver !

Encore une belle cour intérieure au calme et au frais pour déjeuner ou prendre le thé. L’accueil est adorable, le service soigné et les prix très raisonnables.

 

 

Où ne pas aller à Yazd ?

 

Restaurant Silk Road

Restaurant du célèbre hôtel éponyme, c’est l’usine à groupes de voyages organisés. Brouhaha, serveurs blasés, prix élevés, bref, on ne reviendra pas !

Même si j’ai pu gouter le ragout de chameau, spécialité de la ville désertique. Plutôt bon, pas sûre que j’aurais vu la différence avec du bœuf si on ne m’avait rien dit.

 

 

Vous essayez et vous me dites ?

 

 

 

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