Des vacances en Iran? Quelle drôle d’idée!

Par samedi 29 avril 2017 , ,

Je regrette de ne pas avoir immortalisé les réactions de mon entourage quand j’ai dit que j’allais passer les vacances en Iran. Vraiment, j’aurais eu un album de grimaces, regards inquiets et autres rictus à se tordre de rire.

 

À l’exception de quelques personnes qui se comptent sur les doigts de la main:

  • mon papa, avec qui je suis allée en Ouzbékistan faire la route de la soie, envieux et avide de mes expériences pour mieux préparer ses propres vacances en Iran;
  • ma collègue, envieuse, qui pense aussi sérieusement à l’Iran, après avoir eu la chance de découvrir la Syrie à l’époque où c’était encore possible (là c’est moi qui suis jalouse quand on voit ce qu’il reste de Palmyre);
  • un autre collègue qui me conseille de profiter du caviar et même d’en rapporter (dommage, je ne vais pas sur les bords de la mer Caspienne!);
  • mes connaissances iraniennes expatriées en Europe qui se sont empressées de partager leurs bonnes adresses là-bas. 

 

Bref à l’exception de ces rares personnes qui connaissent la différence entre chiites et sunnites ou sont fascinées par l’histoire de la Perse, la réaction de mon entourage a été unanime : incompréhension totale.

 

Incompréhension nuancée par :

  • la peur (tu vas te faire enlever par l’état islamique!),
  • la psychologie (c’est la crise de la trentaine?),
  • le féminisme soudain (comment peux-tu accepter de porter un voile?),
  • le manque cruel de notion de géographie (- mais c’est la guerre en Irak! – Euh Iran, j’ai dit Iran, pas Irak.),
  • la curiosité (tu nous montreras les photos! Tu as le droit de prendre des photos hein?),
  • la radinerie (ça doit pas être cher la vie là-bas!),
  • l’alcoolisme naissant (dix jours de vacances sans alcool, moi je ne pourrais pas!). 

 

J’apprécie vraiment cette attention soudaine, surtout que personne ne s’est autant inquiété quand je suis partie au Mexique (pays qui, je le rappelle, est dans le top 10 mondial des homicides, kidnappings et criminalité en tout genre).

 

Entre la révolution islamique, l’interminable guerre contre l’Irak et les négociations autour du nucléaire, les médias occidentaux dressent de l’Iran un portrait au vitriol.

Sûrement trop impliqués dans les jeux politiques pour être objectifs, ils oublient de parler de l’Iran et des 80 millions d’individus qui y vivent.

 

 

En traversant le pays, j’ai découvert des paysages grandioses de déserts, montagnes aux sommets encore enneigés, cascades, lac de sel, allée de milliers de sycomores…

 

 

A chaque instant, même dans le moindre petit village isolé, j’ai admiré le rayonnement culturel et architectural de la Perse : des mosquées, des medrasas, des mausolées, des temples, des jardins…. L’Iran c’est 3000 ans d’histoire, de civilisations riches et raffinées, avec 17 sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

 

 

Des kebabs, des pistaches, des fruits frais et séchés… L’Iran c’est également l’assurance de bien manger et de ne pas avoir faim en sortant de table!

 

 

 

J’ai surtout apprécié une curiosité sans mercantilisme suspect (avec une légère réserve pour Ispahan). Tout le monde cherche à vous faciliter la vie, les gens veulent parler avec vous, savoir d’où vous venez et ce que vous pensez de l’Iran. Les Iraniens offrent une hospitalité totalement désintéressée pour les voyageurs qui prennent la peine de s’y aventurer.

 

 

Bien sûr les autorités islamiques maintiennent leur pression sur la société. Les discriminations font rage et la femme n’est encore que la moitié de l’homme. Le signe le plus visible est le port du voile obligatoire.

 

 

 

Malgré la république islamique qui sévit depuis presque quarante ans, le peuple iranien est avide de liberté et de modernité.

 

 

Quelle incroyable histoire par exemple que l’exposition « Berlin – Rome travelers » au musée d’art contemporain de Téhéran. Les œuvres occidentales collectionnées par la femme du Shah, jugées subversives par les mollahs lors de la révolution de 1979, avaient été cachées aux sous-sol du musée. Dans un contexte d’ouverture soufflé par le président Hassan Rohani et aussi dans la perspective des élections présidentielles du 19 mai, on peut enfin voir ces trésors cachés à Téhéran!

 

La levée partielle des sanctions depuis l’été 2015 à ouvert les portes de la Perse au reste du monde. La longue file d’attente au bureau des visas du consulat d’Iran à Paris en témoigne!

 

L’avenir reste cependant incertain et nul ne sait ce qui va se passer en Iran dans les prochains mois. Hassan Rohani, président actuel prônant l’ouverture, sera-t-il réélu? Trump va-t-il oser remettre en question le plan d’action conjoint signé en juillet 2015?

 

 

Après ce voyage, quels souvenirs partager en rentrant d’Iran?

Sentir le parfum des fleurs d’oranger en marchant dans les rues de Shiraz.

Imaginer 2500 ans d’histoire sous ses pieds à Persepolis.

Se perdre dans les dédales de maisons de pisé à Yazd.

Admirer les détails des dômes des mosquées d’Ispahan à s’en tordre le cou.

S’enduire le visage d’eau de rose à Kashan.

Enfourcher un taxi moto à Téhéran et découvrir la ville sans embouteillages.

 

 

S’il ne fallait en retenir qu’un, ce serait l’hospitalité, la générosité et l’honnêteté comme il en reste peu dans le monde.

 

 

Vous essayez et vous me dites ?

 

4 commentaires
  • Mohammadreza
    avril 29, 2017

    une curiosité sans mercantilisme suspect (avec une légère réserve pour Ispahan)??!!
    J’ai essayé de tout mon coeur de corriger ce sentiment mais il me semble que je n’ai pas réussi. Désolé Mademoiselle, mais c’était toute ma capacité!!!!!

    • Laure
      avril 29, 2017

      Cher Mohammadreza, notre belle rencontre est certainement mon plus beau souvenir de ces vacances! Malihe et vous avez démontré l’exception 🙂

  • Guiom
    avril 30, 2017

    Beau billet nous faisant découvrir et partager, avec une belle plume et beaucoup de culture, un pays souvent méconnu.

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