Douceur de vivre à Shiraz

Par dimanche 30 avril 2017 , ,

Mon premier souvenir de Shiraz restera le puissant parfum des fleurs d’orangers au petit matin, à la fraîche. Il n’était pas encore 6 heures et le chauffeur me déposait devant mon hôtel du centre ville, alors que je venais d’atterrir à l’aéroport de Shiraz en provenance de Doha.

 

 

Shiraz, ville des orangers.

Shiraz, ville des roses, où les femmes cultivent l’art millénaire de distiller les fleurs.

Shiraz, patrie des poètes, ville natale de Saadi et Hafez. La plupart des proverbes iraniens découlent de leurs œuvres.

Shiraz, ville du vin autrefois. La Syrah, célèbre cépage de vin rouge cultivé partout dans le monde…sauf en Iran (régime islamique oblige), vient de la ville de Shiraz.

 

Après avoir été pillée par l’armée afghane en 1729, Karim Khân y transféra la capitale de l’empire Perse et commença de vastes transformations. Beaucoup de ses monuments ne datent donc que du XVIIIe siècle.

 

 

La citadelle de Karim Khân est située sur la place Shohadâ. Elle abrite aujourd’hui des bureaux municipaux et ne se visite pas…même si on vend des billets à l’entrée pour visiter la cour!

Au dessus de la porte, figure une illustration du Shâhnâmeh, l’équivalent perse de l’Iliade et l’Odyssée.

 

 

La rue qui borde le nord de la citadelle regorge de marchands de glace qui proposent le célèbre faludeh. Il s’agit de vermicelles de riz glacées imbibés de sirop de safran, d’eau de rose et de jus de citron.

 

 

La place Shohadâ constitue le cœur du centre ville et la plupart des sites sont situés à proximité et accessibles à pied, à l’exception des tombeaux des poètes et du jardin d’Eram.

 

 

De là, on se faufile dans le bazar jusqu’à la mosquée du régent (mosquée du vakil). La mosquée présente deux grands iwans, ainsi que des faïences vertes et roses, caractéristiques de Shiraz et de l’époque qâdjâr. Une des deux salles de prière est monumentale, soutenue par 48 colonnes torsadées.

 

 

Un peu plus loin se dresse le mausolée de Shâh Cherâgh avec sa coupole turquoise en forme de bulbe. À l’intérieur se trouve les dépouilles des deux frères de l’imam Rezâ, autour desquels les musulmans chiites viennent se recueillir.

 

 

Le gardien me donne un immense tchador, qui recouvre le corps, par dessus le voile qui couvrait déjà ma tête, le tout savamment fixé par la bandoulière de mon sac à main. On ne laisse pas les étrangers se balader sans surveillance dans le complexe. Negar, bénévole 5h par semaine et psychologue de métier, vient nous chercher à l’entrée pour nous faire visiter l’immense complexe.

 

Les autorités religieuses ont récemment déclaré ces deux mausolées interdits aux non-musulmans. C’était sans compter Negar qui raccompagne les deux autres touristes à l’entrée, demande l’autorisation à son chef et me conduit discrètement à l’intérieur parce que « vous ressemblez à une iranienne ». Les murs et les plafonds sont recouverts de milliers d’éclats de miroir, tout comme la coupole en forme de nids d’abeille. Les fidèles baisent la grille qui entoure les sarcophages et jettent de l’argent dedans.

 

À quelques pas de là, se trouve la Mosquée Nasir al-Mosk. Elle est typique des constructions qâdjâr du XIXe siècle avec des faïences à motifs roses sur ses iwans. À l’intérieur de la salle de prière, les colonnes sont décorées de torsades et de palmettes stylisées. Au matin (très exactement entre 8h30 et 11h au mois d’avril), les rayons du soleil font face aux vitres colorées et projettent une palette de couleur sur les colonnes blanches.

 

 

Toujours en continuant sur l’avenue Dastqeib, se trouve le jardin de l’orangeraie Bagh e-Narandjestan. Encore un somptueux chef d’œuvre qâdjâr avec des miroirs en morceaux et de la marqueterie, dont la construction a été ordonnée à la fin du XIXe siècle par un ministre sous la dynastie qâdjâr. On notera le tunnel secret qui permettait au maître des lieux de rejoindre secrètement son harem de l’autre côté de la route! Comme son nom l’indique, le jardin abrite des arbres fruitiers et un bassin central.

 

 

Il faudra ensuite prendre une voiture pour rejoindre les jardins d’Eram, littéralement « jardins du paradis ». Situé au nord ouest de la ville, en face de l’université de Shiraz, le lieu est classé au patrimoine mondial de l’Unesco avec son jardin botanique, son immense roseraie et ses belles allées de cyprès. Là encore, un ancien pavillon qâdjâr domine un bassin d’eau et des canaux qui irriguent tout le parc. Les étudiants viennent s’y ressourcer en fin de journée.

 

 

À une dizaine de minutes en voiture vers le nord-est de la ville, la porte du coran ne mérite pas tellement de s’y attarder. Ce sont surtout les jardins suspendus dans la roche qui offrent un beau panorama sur la ville. La maison de thé sur la terrasse derrière l’hôtel Shiraz offre une vue idéale pour siroter un jus de grenade.

 

 

Il est impensable de venir à Shiraz sans visiter les deux mausolées des poètes Hafez et Saadi.

 

On dit qu’Hafez connaissait le coran par cœur. Né en 1320 à Shiraz, il y passa toute sa vie et ses poèmes témoignent de son amour pour la ville. Son autorité est incontestée auprès du monde oriental et chaque famille en Iran possède un exemplaire du Divân, son oeuvre monumentale de poésies. Entre cyprès, orangers et roseraies qui parfument l’air, les iraniens viennent se recueillir sur sa tombe. Le mausolée qui l’abrite a été construit sur les plans de l’architecte français André Godard.

 

 

Un peu plus au nord de la ville, le tombeau de Saadi repose au pied d’une colline. Au sous-sol, une source d’eau vive délivrerait du mal ceux qui s’y baignent le dernier mercredi de l’année. Comme pour Hafez, nombreux sont les iraniens qui viennent s’y recueillir.

 

 

Shiraz, centre littéraire de la Perse au charme poétique ne vous laissera pas indifférent c’est certain!

 

 

Où manger à Shiraz?

 

Restaurant Govara, rue Piruzi.

Une salle en sous sol sans aucun charme certes, mais une cuisine simple, copieuse et savoureuse. C’est idéal pour déjeuner à prix très raisonnable. J’ai apprécié le ragoût d’agneau aux aubergines.

 

Café Ferdowsi, rue Ferdowsi, à quelques pas de l’hôtel Aryo Barzan.

Café du nom du célèbre poète Perse, où se retrouve la jeunesse iranienne. Ce n’est pas un restaurant mais le café propose un plat du jour et des salades, idéal pour faire une pause dans le régime total kebab!

J’ai passé une agréable soirée à discuter de voyages, de politique et d’avenir avec des jeunes iraniens. Leurs pâtes Alfredo sont vraiment très bonnes pour un restaurant qui n’est pas en Italie!

 

Où ne pas manger à Shiraz?

 

Restaurant Vakil

Restaurant traditionnel au cœur du bazar, à côté de la mosquée du régent (mosquée Vakil). C’est plutôt une cantine bruyante où s’enchaînent les immenses groupes de touristes occidentaux. La propreté laisse à désirer, le service est blasé (et on les comprend). À fuir de toute urgence!

 

Restaurant Namak

Restaurant conceptuel construit tout en sel sur un concept écologique (il est même recommandé sur le site de Voyageurs du Monde!)

« Restaurant » est un bien grand mot pour ce fast food où le service est très très cool et la nourriture très très grasse. À voir pour le bâtiment (et les toilettes!) mais je regrette d’y avoir mangé.

 

 

Où dormir à Shiraz?

 

Hotel Aryo Barzan, rue Roudaki.

Proche du centre ville, le confort est correct (peut mieux faire sur la propreté) et le service est vraiment aux petits soins. Large choix au buffet pour le petit déjeuner.

 

 

Vous essayez et vous me dites?

1 commentaire
  • Mohammadreza
    avril 30, 2017

    Visiter Chiraz à l’iranienne …
    Pour nous, les iraniens, visiter cette ville, ce n’est pas seulement voir les monuments mais la seule acte de se balader dans la ville, c’est goûtet la liberté et la douceur qui nous manquent dans nos villes. Chiraz ne nous semble pas une ville dans la république « islamique » d’Iran. On ne sait pas quel espirit règne cette ville mais on sait très bien que vous ne trouvez jamais cette atmosphère dans les autres villes en Iran. Les raisons en sont quoi? Les gens? La chaleur? Le sol magique? On n’en sait rien. On sait seulement que Chiraz est différent. C’est tout.

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