Lisbonne mon amour

Par lundi 10 novembre 2014 , ,

Lisbonne, ville riche en couleurs, où les fils à linge sont tendus de part et d’autre de la rue et où la faïence recouvre les murs des bâtisses. Lisbonne est une ville de lumière, tout en ciel. La lumière du soleil, tantôt blanche, cuivrée, ocre, dorée ou miel, caresse les murs crépis de blanc, de rose ou de bleu. Le soleil patine jusqu’à l’eau du Tage, si éblouissante qu’on la surnomme mer de paille. Ce qui surprend en découvrant Lisbonne, ce sont les contrastes qui l’habillent. Le brouillard matinal, frais et humide, devance les doux après-midis ensoleillés. Les rues perpendiculaires de la Baixa tracées au fil à plomb bordent l’Alfama et son entrelacement de ruelles et d’escaliers où parfois seul un chat peut se faufiler. Les Lisboètes alignés comme des dominos aux arrêts de bus s’agacent des touristes confus sur les trottoirs. Le quinquagénaire pont rouge métallique du 25 Avril défie les piliers de béton armé du pont Vasco de Gamma.

Lisbonne se visite en prenant son temps, à pied de préférence. C’est par de longues ballades qu’elle dévoile son charme pittoresque. A l’instar de Rome, la ville est bâtie sur sept collines et quiconque souhaite les arpenter doit s’équiper d’une bonne paire de chaussures. Lisbonne, bien dans ses baskets, s’accommode des anachronismes : un pied dans le passé à l’ouest avec le Belém des grands explorateurs, un pied dans le futur à l’est avec le Parc des Nations. Sur les trottoirs de la ville, les pieds foulent les pavés cubiques, tantôt trébuchant sur une aspérité, tantôt glissant, souvent les deux à la fois. Ne manquez pas d’admirer le spectacle des courbes et des volutes sous les semelles, les pavés noirs de basalte emboîtés dans les pavés blancs de calcaire sur l’Avenida da Libertade.

 

Belém

Les épopées des navigateurs façonnent la personnalité de la capitale la plus occidentale du continent Européen. A l’embouchure du Tage, le quartier de Belém est un des rares endroits au monde où l’on peut sentir à la fois le passé et le présent. Il faut monter au sommet de la Tour de Belém, chef d’œuvre du style manuélin, pour s’imaginer combien de caravelles en partance pour l’Afrique sont passées sous le nez du phare fortifié. Les grands explorateurs sont d’ailleurs représentés à la proue du Monument des Découvertes, quelques mètres plus bas. Serrés comme des sardines, Henri le navigateur et ses 32 acolytes se sont vus affublés du sobriquet peu flatteur « Poussez pas derrière ! ».

De l’autre côté de l’esplanade, le Monastère des Hiéronymites, témoigne des découvertes Portugaises à travers le monde. Le cloître, avec ses sculptures exubérantes est le clou de la visite. Il est d’ailleurs classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

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Si Lisbonne tend les bras à l’océan, la Confeiteria de Belém, elle, tend les bras aux gourmands. Véritable institution, on y fabrique les célébrissimes Pastéis de Belém depuis presque 200 ans. Saupoudré de sucre glace ou de cannelle, le flan pâtissier, qualifié par Le Guardian de meilleur au monde, se déguste tiède.

 

Le Fado

Lisbonne est la capitale du Fado, art classé depuis peu au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO. Le chant populaire évoque la saudade, terme intraduisible auquel il est impossible de donner un sens. La résumer à un sentiment de nostalgie est simpliste. La saudade, c’est la mélancolie et la joie, le désir des amours perdues. Plus optimiste que le spleen baudelairien, la saudade est le souvenir malheureux de moments heureux. Il faudra pousser la porte d’une Casa do Fado où est écrit « Silence, on va chanter le fado ! » puis s’aventurer dans l’obscurité des arrière-salles pour y goûter. La fadista, couverte d’un châle noir et accompagnée de deux guitares, une classique l’autre portugaise, trouve les mots justes qui font mouche dans le cœur de chaque Portugais. Le fado ne s’explique pas, il se vit.

 

Le centre de Lisbonne : Baixa / Rossio / Castelo / Alfama / Chiado / Bairro Alto

Le 1er Novembre 1755, Lisbonne est ravagée par un tremblement de terre suivi d’un tsunami et d’un immense incendie. Le séisme est si puissant que même le cours du fleuve est déplacé. La ville est reconstruite selon les plans du Marquis de Pombal et le centre historique, la Baixa, est rebâtie selon un quadrillage millimétré. Les longues rues parallèles rejoignent la Place du Commerce par une arcade qui laisse entrevoir le Tage. Il y a à peu près autant de Lisboètes qui se promènent sur la Place du Commerce que de Toulousains sur le Capitole, c’est-à-dire aucun. Le manque d’ombre pousse à tourner le dos au fleuve et à s’engouffrer dans la rue piétonne Augusta, animée et commerçante. Sur la gauche, se dresse l’Elevador Santa Justa. Cet ascenseur relie le quartier du Chiado au très animé Bairro Alto. Il a été construit par un élève de Gustave Eiffel et l’architecture métallique du maître est manifeste. La fin de la Rua Augusta dévoile une autre grande place de Lisbonne : Rossio.

Il faut du temps pour affectionner Rossio et se contenter de la première visite peut laisser un goût amer. Interpellé par un revendeur d’opiacé ou percuté par un pigeon malhabile, c’est en se détachant du tumulte qu’il est possible d’admirer la façade du théâtre national. Il faut batailler, ramper quelques mètres vers l’angle de la place, pour s’accorder un petit remontant à la Ginjinha Rossio. Siroter la liqueur sucrée d’Obidos demande encore un peu de précaution pour ne pas gober un noyau de cerise et s’étouffer en public.

A quelques pas de Rossio, on trouve la place Martim Moniz. C’est une grande esplanade vide, bordée de fourgonnettes vétustes aux rideaux tirés. Un touriste sur deux s’y fait voler son portefeuille n’ayant pas senti le rodeur en simili cuir noir effleurer ses poches. Il est donc recommandé de garder un œil sur ses effets ! C’est ici le point de départ d’un voyage folklorique dans le temps et dans Lisbonne à bord du la plus vieille ligne de tramway en activité de la ville. Pour embarquer à bord du tramway 28 Electrico, il faut faire preuve de patience. Mieux vaut donc laisser partir un, voire deux tramways, pour faire partie des dix premiers passagers à embarquer et avoir la garantie d’une place assise. Le mot « confort » est sans conteste excessif pour qualifier le banc de bois qui fait office de banquette. Pas de plan affiché l’intérieur. Pour ceux qui veulent visiter le Château Saint George il faudra sauter quand le conducteur crie « Castelo », pour les autres arrêts, merci de tirer la sonnette. De ce château bâti au Ve siècle par les Wisigoths, il ne reste que des ruines mais ses remparts offrent un des plus beaux panoramas de Lisbonne. Prenez le temps de vous perdre dans les ruelles étroites et profitez des nombreux belvédères et autres cathédrales qu’offre le quartier. Il est possible de remonter dans le tramway 28E pour rejoindre l’autre colline de Lisbonne. Entre tintements de ferraille et craquements de bois, l’expérience est euphorisante et les passagers retiennent leur souffle. Qu’il s’agisse de descendre à toute berzingue les rues pentues de l’Alfama ou de monter les collines du Bairro Alto, il faut avoir le cœur bien accroché. Pour ce qui est de garder son bras bien accroché, il est fortement déconseillé de le sortir par la fenêtre, certaines ruelles n’offrent pas la largeur d’une tête d’épingle.

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Au quartier commerçant du Chiado, près de la place Luis Camões, les clients se pressent pour boire uma bica au café Brasileira en compagnie de Fernando Pessoa. Le malheureux poète lusophone est maintenant concurrencé : à quelques mètres, sous l’enseigne sculptée « Le Bonheur des Dames » (ça ne s’invente pas !) Georges Clooney affiche un sourire ravageur sur une affiche publicitaire. Les touristes féminines se bousculent pour prendre un selfie avec lui ! What Else ?… Juste à côté, le glacier le plus célèbre de Lisbonne, Santini, propose une large variété de glaces et sorbets. Impossible de se décider ? Le constat est simple, il faudra revenir encore et encore pour pouvoir tester tous les parfums.

En grimpant la Rua Santa Catarina pendant une dizaine de minutes, on peut rejoindre le belvédère Miradouro do Adamastor, véritable coin de paradis. Face au Musée de la Pharmacie, la vue sur le Tage est imprenable et le coucher de soleil à couper le souffle. Pour en profiter, le mieux est de s’installer sur la terrasse panoramique du Noobai en picorant quelques tapas.

A la nuit tombée, les lanternes s’allument et la vie s’anime, il est temps de découvrir le charmes des nuits lisboètes dans le quartier ô combien hype du Bairro Alto. Dans la rua do Diário de Noticias, véritable rue de la soif, on commande au comptoir et on s’installe dehors debout pour bavarder, quelle que soit la saison. Une caïpirinha à la main, la carte gold dans l’autre, il est agréable faire du shopping dans les boutiques très chics du quartier ouvertes jusqu’à minuit. Le contraste est saisissant au petit matin, quand le quartier populaire reprend vie. Les ruelles ont déjà été nettoyées très tôt et personne ne pourrait se douter que quelques heures auparavant la fête battait son plein dans la rue.

 

Le Parc des Nations

Pour accueillir l’Exposition Universelle de 1998, Lisbonne n’a pas lésiné sur les moyens en rasant une friche industrielle et bâtissant de toutes pièces le quartier Oriente. Gare à la couverture de verre rappelant une palmeraie cristalline, centre commercial ultra-moderne, restaurants en tout genre où il est possible de manger Japonais, Cubain ou Capverdien, le quartier n’exhale pas vraiment le charme pittoresque de Lisbonne. Néanmoins, le tour de télécabine sur un kilomètre donne une belle vue sur le Pont Vasco de Gamma, reconnu comme un des plus longs ponts du monde et sur la Tour Vasco de Gamma à la structure métallique en forme de voile, bâtiment le plus élevé du pays. Les paparazzi auront peut-être une chance d’apercevoir Cristiano Ronaldo sur sa terrasse, la rumeur dit qu’il séjourne au dernier étage de l’une des deux tours futuristes quand il n’est pas à Madrid.

 

Campo Pequeno

Les arènes de Campo Pequeno sont les plus grandes arènes construites au XIXe siècle. Le bâtiment de style néo-mauresque, surprend avec sa façade de briques rouges et ses dômes bleus. La corrida portugaise n’a de commun avec l’espagnole que le nom. Exception remarquable, la mise à mort en public et le picador y sont interdits. Les trois toreros, à cheval, affrontent chacun deux taureaux aux cornes gainées de cuir. Est-ce hypocrite? La polémique enfle chez les associations protectrices des animaux. Il n’y a pas de mise à mort publique mais le taureau n’est pas non plus recousu en coulisses… Ames sensibles, s’abstenir.

 

Un peu de verdure

Le climat océanique et la chaleur ibérique permettent à Lisbonne de rester très verte, tout au long de l’année. Pour en profiter, rien de tel que de flâner dans les jardins luxuriants qui bordent le musée Calouste Gulbenkian. Le parc ponctué de bassins et fréquenté par les oiseaux appelle au calme et à la détente. Son musée abrite les collections privées de grande qualité de l’homme d’affaire Turc éponyme, mêlant arts orientaux et européens, porcelaines et tableaux.

Plus près du centre-ville, le Parque Eduardo VII offre aussi à son sommet, sous l’immense drapeau national, une vue imprenable sur la ville basse jusqu’aux rives du Tage.

 

De l’autre côté du fleuve

A l’embarcadère du Cais do Sodré, le bateau permet de rejoindre la rive gauche du Tage. En direction de Cacilhas, la traversée de 20 minutes permet enfin d’admirer Lisbonne depuis… ailleurs que Lisbonne ! Quant à la solaire mer de Paille, vue de près elle devient soudainement moins attirante (non ce ne sont pas de vieux sacs en plastiques qui remuent dans le Tage, juste d’énormes méduses…). Depuis l’autre rive, la vue est splendide, surtout en début de soirée quand le soleil éclaire encore les flancs des collines de Lisbonne.

 

Le foot

La ville possède deux grands stades colorés, le rouge et blanc Estadio da Luz pour le Benfica, et le vert et jaune Estádio José Alvalade XXI du Sporting. Benfica ou Sporting ? Pas un Lisboète ne s’affranchit de ce choix. Les amateurs du ballon rond pourront visiter les stades et leurs coulisses.

 


 

Les bons plans de la Souris Verte :

 

  • Déguster les meilleurs Pastéis au monde : les Pastéis de Belém

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Sur place ou à emporter, les douceurs de la Confeiteria de Belém sont incontournables.

Pour rejoindre Belém, le plus rapide est de prendre le tram 15E sur la Place du Commerce. Les moins pressés loueront un vélo chez Bikeiberia et longeront le Tage sur la piste cyclable (6km).

 

  • Ecouter du Fado

A la Tasca do Chico, au coeur du Bairro Alto, pour un moment authentique et chaleureux.

Au restaurant Coração do Alfama pour une ambiance plus romantique à la bougie mais aussi une addition un peu plus salée.

 

  • Faire le plein d’omegas 3

Dans le quartier de la Baixa, la Conserveira attire une foule de touristes mais vaut le détour. Les boîtes de sardines au graphisme vintage, joliment ficelées, sont des cadeaux originaux à rapporter aux amis gourmands. Attention à la surchage bagages au retour!

 

  • Boire un verre de Ginga

A l’angle de la place de Rossio, les Lisboètes se pressent au comptoir A Ginjinha pour un apéritif en plein air. Carafe de ginga tirée directement à la pompe, cerises macérées presque confites, vous m’en direz des nouvelles!

 

  • Déjeuner sur les toits de l’Alfama

A la fois école de cirque et restaurant, le Châpito offre un panorama sur les toits de l’Alfama. Un conseil : arriver très tôt au début du service car les tables sont vite prises d’assaut.

 

  • Faire une pause gourmande

Le glacier italien Santini est célèbre à Lisbonne pour sa large variété de parfums.

 

  • Prendre l’apéro au coucher du soleil

En été sous un parasol, en hiver sous un plaid, la terrasse du Noobai est un endroit magique à la tombée de la nuit. Tapas, cocktails et musique pour profiter de la terrasse jusqu’à tard.

 

  • Admirer Lisbonne, depuis l’autre rive

Le restaurant Punto Final à Cacilhas offre un panorama splendide sur Lisbonne. Pour s’y rendre, il faut prendre le bateau au Cais do Sodré en direction de Cacilhas.

 

  • Expérimenter les sushis portugais

L’Alentejo est une immense région au Sud de Lisbonne, à la gastronomie inépuisable. Le restaurant Gustus Sushi Alentejano propose de revisiter les spécialités de la région sous forme de sushis.

 

  • Dormir

Tel une star de cinéma à l’Hotel Florida en haut de l’Avenue de la Liberté ou comme un vrai Lisboète dans un des nombreux appartements à louer de l’Alfama sur le site Air BnB.

 

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Le charme et l’authenticité de Lisbonne attirent chaque année de plus en plus de touristes Européens. Pour un week-end ou pour quelques jours, c’est la nouvelle destination prisée. Les grands travaux de réhabilitation et de construction engagés depuis les années 1990 ont contribué à cet essor en donnant à la ville un nouveau visage.

J’ai vécu 8 mois à Lisbonne et il m’est impossible de décrire toutes les jolies découvertes et les belles rencontres que j’ai faites. Lisbonne c’est ma ville de cœur, j’aime y retourner pour le week-end, une ou plusieurs fois par an, il y a toujours de nouvelles facettes à découvrir, un nouveau bar, une nouvelle boutique… C’est une ville de caractère où vous aimerez flâner, quelle que soit la saison, une glace ou un cornet de marrons chauds à la main !

 

Vous essayez et vous me dites ?

2 commentaires
  • Alain Bossu
    mars 14, 2017

    Je n’ai pas l’habitude de répondre ainsi, de commenter un blog… surtout de 2014. Mais là, je cède à la tentation.
    Je connais et j’aime Lisbonne en errance, sans aucun but que de ressentir.
    Lisbonne a toujours eu un cachet , vous lui reconnaissez un visage.
    Merci
    Alain

    • Laure
      mars 14, 2017

      Merci Alain
      Lisbonne à beaucoup changé depuis 2014, certaines facettes en mieux, d’autres en moins bien, c’est une ville en perpétuelle évolution.
      À bientôt peut être dans l’Alfama!

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