Désillusions à Ispahan

Par samedi 16 décembre 2017 , ,

Ispahan c’est la raison pour laquelle je suis allée en Iran. Un dicton perse dit qu’Ispahan est la moitié du monde, rien que ça ! On n’est pas très loin de la vérité, car il s’agit d’une des plus belles cités d’Iran.

 

Les principaux monuments de la ville sont l’œuvre d’un seul homme, Shah Abbas. Il en fit la capitale de l’Empire Perse en 1598 et elle le resta sous la dynastie des Safavides pendant deux siècles.

 

Cette ancienne oasis située au milieu du plateau aride iranien, a une position stratégique. Etape incontournable sur la Route de la Soie, elle se situe au croisement des routes commerciales entre l’Asie et l’Empire Ottoman, la Russie et le Golfe Persique.

 

La culture du commerce est encore très présente dans la ville qui compte aujourd’hui deux millions d’habitants. Tellement présente que la cité est devenue ultra-touristique, c’est la capitale du marchandage et du rabattage !

 

Commençons notre visite par la place de l’Imam Naqsh-e Jahan. C’est une des plus grandes places publiques au monde après la place Rouge et la place Tienanmen. Cette esplanade était le haut-lieu de la dynastie safavide et de son Empire. Elle servait à accueillir les célébrations officielles, les tournois de polo (en témoignent les poteaux en pierre) et même les exécutions.

 

 

La place est entourée de la mosquée du Cheikh Loftollah à l’Est, la mosquée de l’Imam au Sud, le Palais d’Ali Qapu à l’Ouest et l’entrée du grand bazar au Nord.

 

 

 

La mosquée Loftollah a été la première érigée dans la ville par les Safavides (avant la mosquée de l’Imam). Seule la famille royale avait accès à cette mosquée, ce qui explique qu’elle ne comporte ni cour, ni minaret. Les céramiques aux tons rares sont splendides, comme la coupole bleue et beige. Le reflet de la lumière extérieure sur celle-ci prend la forme de la queue d’un paon, l’emblème royale persan.

 

 

 

La mosquée de l’Imam est impressionnante avec son portail de 30 mètres de haut. La décoration en faïence vernissée et stalactites dans les tons bleus, jaunes et verts est à couper le souffle. Suivant le plan typique des mosquées en Iran, la cour centrale est entourée de 4 iwans aux décorations somptueuses.

 

 

 

Le palais Ali Qapu offre une vue splendide sur la place : il s’élève sur 6 étages ! C’est ici, depuis la terrasse soutenue par des colonnes de bois et au plafond en marqueterie, que le roi regardait les matchs de polo. A noter, le plafond en alvéoles de la salle de musique. Il est creusé de formes d’instruments de musique pour une meilleure acoustique.

 

 

Enfin, l’immense bazar au Nord de la place propose de tout, avec pour les gourmands : du sucre candy, des pistaches, des épices, des fruits secs…

 

 

 

 

 

 

Ces quatre constructions principales sont reliées par des murs d’arcades occupés par des dizaines de boutiques d’artisanat. On y trouve des tapis, des objets en mina kari (émaillage bleu sur des petites assiettes ou vases en cuivre), des boîtes peintes faites en os de chameau, et surtout des vendeurs de gaz.

 

 

 

 

Le gaz est la spécialité d’ispahan. C’est une sorte de nougat à base de gaz angobin (une mélasse sécrétée par un arbuste, comparable à du miel), d’eau de rose et de pistache. Il en existe différentes qualités, à différents prix, en fonction de la quantité de pistaches (de 24% à 48%). On trouve le meilleur gaz d’Ispahan chez Gaz Shirin, au 2 rue Hafez, à quelques pas de la célèbre place publique.

 

 

Après avoir visité de la place Naghsh-e Jahan, vous pourrez vous restaurer au restaurant éponyme qui se situe à l’étage dans les arcades côté Est de la place, juste à gauche de l’entrée de la mosquée Loftollah. Peu de touristes, pas de chaises, seulement des divans recouverts de tapis et coussins, à l’iranienne.

 

A une dizaine de minutes de marche, au Nord du bazar, se dresse la mosquée Jameh, mosquée du vendredi. Pas de faïence, très sobre, la plus grande mosquée d’Iran contraste avec les grandes mosquées safavides. Le monument est un véritable livre d’histoire car la plus vieille partie date du VIIIe siècle, mais sa construction et ses réaménagements se sont étalés sur plus de 1000 ans ! C’est ainsi que l’on retrouve des vestiges safavides, timourides, qâdjârs… Les salles autour de la cour principale comptent 474 voutes individuelles en briques.

 

 

 

 

En sortant de la mosquée du vendredi, il est possible de rejoindre l’immense bazar en longeant le marché aux oiseaux. Je ne me suis pas trop attardée sur ces malheureux poussins colorés…

 

 

 

Attenant à la place de l’Imam Naqsh-e Jahan, mais cette fois-ci du côté Ouest, se trouve le palais Chehel Sotoun (palais aux 40 colonnes). Le pavillon de réception pour les ambassadeurs étrangers abrite des peintures safavides d’influence asiatique. Sa terrasse est soutenue par 20 colonnes de bois qui se reflètent comme dans un miroir dans l’immense bassin, d’où le nom de palais aux 40 colonnes !

 

 

 

 

A quelques pas de la place de l’Imam Naqsh-e Jahan, l’avenue des Quatre Jardins traverse le centre-ville d’Ispahan jusqu’à la rivière Zayandeh Rud.

 

Le long de l’avenue, quelques pépites à visiter comme le pavillon Hacht Behecht (le pavillon des Huit Paradis) qui est un somptueux petit palais octogonal. Il est entouré des jardins du rossignol, oiseau dont le roi vénérait le chant.

 

A quelques pas se trouve la Madrasa Madar-e Shah, école de théologie coranique fondée par la mère du Roi. Attention, elle n’est ouverte aux visiteurs que le jeudi.

 

Le caravansérail de la mère du Roi, Khan-e Madar-e Shah, attenant a été transformé en l’un des plus beaux hôtels d’Iran : l’hôtel Abbasi. Les jardins offrent un havre de paix pour siroter un thé à l’ombre des orangers.

 

 

 

A quelques pas de là, ne manquez pas de vous arrêter au célèbre restaurant Shahrzad. L’établissement fondé en 1967 offre une belle décoration qâdjâr, des plats traditionnels et un super service.

 

Le pont Si-O Seh (pont aux 33 arches) qui traverse la rivière Zayandeh Rud est le plus connu des onze ponts d’Ispahan. Avec ses deux niveaux d’arcades, il offre un lieu de promenade et de jeux d’eaux selon le niveau de la rivière.

 

La cathédrale Vank (cathédrale Saint Sauveur) dans le quartier Arménien est un peu le cœur de la communauté Arménienne. Avec sa coupole de style islamique, ses fresques évangéliques d’inspiration italienne, elle est une illustration réussie du mélange des genres.

 

 

 

Contrairement à la plupart des voyageurs en Iran, non, je n’ai pas adoré Ispahan. J’en garde même un sentiment très mitigé. C’est difficile à expliquer, et à entendre aussi pour les autres, tant Ispahan fait l’unanimité dans le cœur des touristes.

Certes, j’ai été fascinée par l’architecture ; ses monuments comptent parmi les plus beaux du monde islamique. J’ai également fait la très belle rencontre de mon professeur de Farsi Mohammadreza et son épouse Maliheh, qui m’ont accueillie chez eux. Les soirées passées en leur compagnie resteront parmi mes plus beaux souvenirs d’Iran.

 

Ils m’ont amenée à Shahin Shahr, surnommée little Paris, à une demi-heure de route d’Ispahan, où nous avons partagé des falafels. On m’a dit que c’était les meilleurs de la région !

 

 

Mais je n’ai pas aimé l’ambiance qui règne à Ispahan. Pour moi, elle ne reflète pas du tout l’hospitalité, la gentillesse et la bienveillance des Iraniens. Le visiteur à qui on a vanté la réputation des Iraniens, risque de déchanter très vite s’il commence son séjour en Iran à Ispahan. Entre rabatteurs collants, marchands de tapis ultra-persuasifs, taxis entubeurs et restaurants à touristes… on nous regarde comme un portefeuille ambulant et c’est franchement fatiguant.

 

 

En y séjournant seulement trois nuits, je n’ai peut-être pas su apprécier Ispahan à sa juste valeur ? Désillusion est ce qui caractérise le mieux mon sentiment pour Ispahan, et c’est souvent le cas quand on part avec trop d’attentes. En effet, contrairement à Shiraz ou Yazd, j’attendais avec impatience de poser le pied à Ispahan, qui évoquait pour moi la somptueuse cité bleue, trésor de l’Iran.

 

Je reviendrai c’est certain ! Pour donner une autre chance à Ispahan. Les plus beaux coups de foudre ne sont pas toujours ‘love at first sight’. Mais aussi pour revoir mes amis Mohammadreza et Maliheh. Enfin, je reviendrai pour prendre des centaines de photos… Un problème matériel m’a détruit deux jours de photos à Ispahan !

 

 

Vous essayez et vous me dites ?

 

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